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Rites et ritualités. Actes du congrès de théologie pratique de Strasbourg
Critique: Jean-Jacques Lavoie
Cet ouvrage rassemble vingt-quatre communications présentées au congrès de la Société Internationale de Théologie Pratique de Strasbourg (1998) par des théologiens catholiques et protestants, dont onze sont issus du Canada, six de la France, cinq de la Suisse, un de l'Allemagne et un de la Polynésie française. Ces contributions ont été classées selon sept grands thèmes: rites et pastorale (trois contributions), rites, Église et sacrements (sept contributions), rites et mythes (deux contributions), rites séculiers (trois contributions), rites et mort (quatre contributions), rites et pouvoir (deux contributions), rites et identité (trois contributions). Malheureusement, ce classement ne respecte pas la démarche dynamique du congrès en trois volets, annoncée dans l'avant-propos: l'état des lieux et les questionnements, le défi lancé à la théologie pratique, des rites pour l'agir pastoral (8). Seule la démarche empruntée par G. Routhier se modèle explicitement sur ces trois étapes (131-151). En outre, la longueur inégale des articles (certains n'ont que cinq ou sept pages, tandis que d'autres en contiennent entre 25 et 30) et l'absence de synthèse finale contribuent à donner à ce collectif un aspect quelque peu hétéroclite et désordonné.
À juste titre, les auteurs de l'avant-propos rappellent les quatre éléments constitutifs de la ritualité: le mythe fondateur (récit), le geste symbolique et répétitif, la consolidation du lien social et la structuration de l'identité personnelle. Par ailleurs, les multiples définitions du rite présentées par les collaborateurs ne sont pas toujours aussi nuancées et exhaustives (par exemple, voir les p. 13-14; 29-31; 91; 315-316; 374; 393-394; 415; etc.). Quoi qu'il en soit, on y trouve des rites séculiers en rapport avec les personnes confrontées à l'interruption médicale de grossesse (J.-M. Sordet, 11-25), au VIH/sida (J.-G. Nadeau et M. Jourdenais, 27-43) et aux soins intensifs (C. Odier, 297-321). D'autres ont trait au passage à la puberté (A. Pasquier, 161-182), à la corrida (H. Auque, 223-231), à la franc-maçonnerie (J.-L. Rojas, 233-257), aux funérailles laïques (R. Lemieux, p.261-267) et au baptême républicain (B. Kaempf, p. 339-345).
Les sacrements chrétiens occupent une très grande place, principalement le baptême (S. Tremblay, 67-82; R. Strasser, 83-98), l'eucharistie (R. Brodeur, 91-98; J.-M. Gauthier, 115-130) et les rites d'initiation chrétienne (A. Laporte, 99-114; G. Routhier, 131-151). Seules deux contributions nous conduisent en dehors de l'Europe et de l'Amérique: la première a trait au rite de la réconciliation en Afrique du Sud (H. Mottu, 45-64) et la seconde aux rites de deuils en Polynésie française (O. Bauer, 269-296). Elles sont d'autant plus intéressantes qu'elles proviennent de théologies protestantes, lesquelles sont plutôt mal représentées dans ce collectif. D'aucuns diront peut-être que cette sous-représentation n'a rien d'étonnant, puisque le protestantisme est réputé pour ses phobies anti-ritualistes, sujet précisément traité par G. R. Schmidt aux page 153-157.
En définitive, l'ensemble nous donne à réfléchir aussi bien sur les rites institués et instituants, que sur les rites séculiers, sociaux ou laïques et les rites religieux, qu'ils soient sacramentels ou non. Par contre, le lecteur désireux de trouver la démarche théologique intégrative voulue par les responsables du congrès (8) devra patienter, car elle reste encore à faire.